Les chroniques de Laurent – Un matin plus tranquille de Gabrielle Desabers

Les chroniques de Laurent – Un matin plus tranquille de Gabrielle Desabers

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Un matin plus tranquille de Gabrielle Desabers est un roman déchirant, liens du sang quand tu nous tiens…

Il y a des jours où votre vie peut prendre une tournure différente voire inquiétante …
Au plus profond de son être, Valérie sait qu’il est arrivé quelque chose à son fils de 17 ans, Thomas, qui n’est pas rentré à la maison à l’heure habituelle la veille au soir.
Tous les scénarios sont envisagés, aussi elle décide de signaler sa disparition au commissariat.
Elle est loin d’imaginer à quel point sa vie va être chamboulée, à jamais …
L’amour sous toutes ses formes peut prendre des virages hasardeux, des prémices programmées par la providence ou pas, des détours, des formes invisibles. Apparent, il disparaît, refait surface sous une autre apparence, s’égare dans la nuit évaporeuse du temps qui s’écoule, la terre continue de tourner, des rencontres heureuses, des révélations qui prennent au dépourvu tout un chacun, des sentiments qui se mêlent pour la plus grande joie et les meilleures illusions, l’espoir d’une vie meilleure et tout le monde peut trouver sa chance, son petit bonheur, fut-il éphémère, l’intensité du moment, le fruit des entrailles fait perdurer cet amour naissant, au gré des vagues qui s’échouent sur les récifs, à la force du vent qui fait entendre sa force, en traversant les tempêtes et les éclairs de l’histoire écrite avec un grand H, le monde est tout à la fois un miracle depuis 4 milliards d’années qui doit malheureusement composer avec les aléas des événements qui n’en finissent de redéfinir les contours de la carte, de chavirer et de transformer des milliers de vies, qui sur la route de l’exil, qui sur les braises ardentes du brasier. Le passé ne cessera de se rappeler à son souvenir, le présent n’a qu’à bien se tenir et demain … à chaque jour sa peine.
La vie a-t-elle un prix ? Comment l’amour se place dans cette équation complexe qui peut changer du jour au lendemain, comment trouver le juste équilibre quand il s’agit d’évoquer les sentiments qui traversent l’esprit d’une femme à qui rien n’a été épargné ? Quand l’être qu’elle a mis tant de mal à mettre au monde se volatilise, toutes les hypothèques mêmes les plus improbables sont suivies, pourquoi le fil de la confiance qu’elle a mis toutes ces années à tisser s’est rompu, un jour, pourquoi ce matin particulièrement alors que son fils va bientôt les épreuves du baccalauréat ? Autant vous dire que j’ai été happé par cette mise en abîme de ce personnage, tout est magnifiquement retranscrit, éprouvé, la peine immense d’avoir été peut-être en dessous de son rôle de mère, de n’avoir pu voir des signes précurseurs, quand les liens du sang doivent trahir certains acquis, que reste-t-il à espérer si ce n’est justement cette volonté, de trouver le courage d’avancer un pas après l’autre, jour après jour, de ravaler les larmes et les sanglots dans sa prison intérieure, dans les méandres de sa tête où tout prend des proportions, cette femme divorcée sait que le temps est son plus précieux allié et en même temps son pire ennemi.
Une quête identitaire, la recherche de ses racines, quand on avance dans la vie, l’importance de connaître ses origines finit par s’imposer naturellement, les mensonges finissent par émerger pour laisser exprimer la vérité, si douloureuse soit-elle. La culpabilité et la honte sont des notions fortes et immuables dans le cycle de la vie, l’amour maternel et les liens du sang sont inextinguibles, inaliénable au point que la puissance de l’amour en est démultiplié, il survit au-delà de toutes les contingences de toutes les agitations et autres compromissions qui risquent de s’interférer dans le remous de l’existence. La souffrance réprimée, l’angoisse latente qui se consume chez les unes et les autres, la raison qui vacille à l’idée de se rapprocher de la vérité, l’amour peut revêtir différents visages et vous en aurez un aperçu dans cette histoire qui dépeint merveilleusement l’attitude devant l’amour du prochain.
Notre capacité à faire face aux difficultés, l’aptitude à affronter toutes les velléités du destin, le remord qui ronge l’esprit, l’être humain a des ressources qu’il n’a pas toujours conscient d’avoir, cette sagacité propre à chacun, Valérie le découvrira à ses dépens, une forme non dénuée de respect et de sagesse devant la vie et les épreuves endurées.
Une écriture qui alterne entre le présent et le passé, quand l’auteure sait trouver le ton juste, les mots finissent par se confondre avec la pensée du lecteur à vivre à travers tous les personnages, dans leur peau et leur état d’esprit, le silence est un langage comme un autre, elle peut être une arme et se révéler destructeur pour celui qui la subit, pour peu que vous soyez un tant soit peu muni d’empathie et de compassion, je vais vous avouer que le miracle a eu lieu et ce pendant ces 325 pages. Jamais le rythme ne faiblit, jamais les nombreux aller-retour dans un passé peu glorieux de l’histoire de l’humanité ne m’ont pas paru longues. Il suffit juste de se souvenir, d’écouter la voix de l’au-delà, de respecter les ondes sonores de la musique qui plane dans le subconscient, les filtres sont éventrés, les portes du passé affichent encore leur devanture défraîchie, des secrets et des mystères attendent qu’on veuille bien les dépoussiérer, qu’on prenne la juste mesure du temps qui passe et que l’urgence de la situation doit précipiter tout le monde à l’ouvrage, Valérie, la première, sait que l’heure tourne, au fur et à mesure de la progression de l’intrigue sur la disparition inquiétante s’ajoute plusieurs pistes, à l’instar de la fumée de la cigarette évanescente, elle peut prendre des chemins détournés pour mieux désespérer voire plonger dans l’effroi, dans ces profondeurs avec la peur vissée au ventre, une tension palpable de tous les instants, des récriminations et de la colère sous-jacente, l’angoisse de la solitude, ces secondes invivables et étouffantes, des émotions à fleur de peau qui se parent de toutes les couleurs de l’arc en ciel, des sentiments contrariés et soumis à des secousses permanentes, le chaos dans une vie bien que compliquée prenait un essor favorable, laisser libre court à un futur d’espérance, caresser la vie dans le bon sens, Valérie en est l’épicentre de cette histoire mais pas seulement, quelque part, quelque forces invisibles se tiennent prêtes, prier pour de bonnes nouvelles, sinon que reste-t-il de nos rêves d’enfance ? Quelle existence aspirons-nous désormais sans cette puissance divinité qu’est… l’amour des siens ?
Embarquement en première classe dans les tréfonds de l’histoire se confondant avec le présent qui prend des allures d’une enquête plus complexe de prime abord, la plume rend la lecture addictive, un page-turner, ce qui au début me laisser croire à une histoire d’investigation policière va dépasser toutes les convictions, les transcender, sans prendre de gants, l’auteure sait instiller le doute, faire parler les caprices du destin, faire tourner une histoire à plein régime, donner de la consistance à tous les protagonistes, un roman qui évoque un épisode peu connu du grand public sert à bon escient le roman, un tragique passé, la mémoire ne trompe jamais, une chronologie parfaite dans le récit qui fait se rassembler tous les points de convergence à point nommé, pour le plus grand bonheur du lecteur.
Rien n’est factice, rien ne sonne autrement que la conscience d’une justice imparable et divine au-dessus des cieux, la résistance mentale à toute épreuve, les blessures morales et béantes n’en finissent pas de saigner, la mémoire est un catalyseur et un déclencheur de mouvements, toujours en rotation et en gestation, les morts et les vivants cohabitent depuis la nuit des temps, puiser au plus profond de chaque être ce qui fait la différence, la bonté de l’âme, les temps sont durs, donner pour recevoir, recevoir pour transmettre, un roman qui ne se contente pas de chercher un être manquant et tout rentrera dans l’ordre, creuser les chemins de la rédemption et de la réconciliation, le pardon n’est pas toujours un acte facile mais parfois il peut se révéler salvateur, libérateur pour purifier ou briser les chaînes des âmes tourmentées, sortir de la prison mentale dans laquelle certains des personnages ont trop longtemps été enfermées, pour le meilleur et surtout le pire…
Assurément une belle découverte, une révélation dans le monde de l’auto-édition, si l’auteur a déjà publié plusieurs livres, Un matin plus tranquille est un de ces romans que je garderai précieusement dans mon cœur de lecteur, Valérie et tous les personnages, des lieux tristes et d’autres plus mythiques, paradoxe quand tu nous tiens, des rencontres émouvantes, des passages d’une grande humanité qui saisissent la gravité du moment, la vie est pleine d’incertitudes et de doutes mais également, le bonheur ne tient qu’à un fil, à des petits détails, à cette force intérieure qui peut décupler les sentiments de certains et alors renverser des montagnes, fussent-ils un petit rouage dans l’immensité de la nuit étoilée et du crépuscule de l’aube. Un livre qui se situe dans la mouvance des plus belles histoires d’amour actuelles, quand le passé, le présent et le futur doivent converger vers un point d’ancrage, une union de la plus belle des manières, quand les mauvaises langues se délient, la gentillesse et la compassion prennent le dessus, l’empathie croissant à l’égard de Valérie et des siens finira par l’emporter et engloutir les esprits les plus étroits et les plus récalcitrants à laisser leur cœur se décontracter et à vivre pleine, peut-être, Un matin plus tranquille.
Je recommande ce roman qui m’a fait oublier que la nuit était déjà bien entamée et que l’aube ne va pas tarder à se pointer pour laisser place à une nouvelle journée, à une matinée plus… tranquille, je remercie l’auteure Gabrielle Desabers pour cette belle découverte, un livre auto-édité, vive l’auto-édition, merci à Lhattie Haniel pour m’avoir permis cette lecture, un miracle de lecture qui a eu lieu, le rêve continue, le sentiment que cela ne fait que commencer, la promesse et d’honorer encore des livres qui attendent, la vie continue !!!
A noter la très belle couverture d’Arnaud Codeville et la mise en page assurée par Claudie Libersa, un roman qui n’a d’auto-édité que le nom tant il transpire la qualité professionnelle, tant dans la lecture que j’en ai éprouvé que dans la forme.

Retrouvez le site de l’auteur ici

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