Les chroniques de Laurent – Entraves d'Alexandra Coin

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Aujourd’hui, il nous parle d’Entraves d’Alexandra Coin qu’il qualifie de « roman puissant »… A découvrir !

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Laurent FabrePar Laurent Fabre, chroniqueur

Entraves de Alexandra Coin est un roman puissant, une histoire terrible qui nous concerne tous !
Quand une personne tente de mettre fin à ses jours, les raisons peuvent être multiples.
C’est souvent l’incompréhension, la stupeur d’apprendre cette nouvelle, pour l’entourage et les amis.
En se réveillant dans un hôpital psychiatrique, Emma tente de comprendre comment elle en est arrivée là.
Mère d’une petite fille, rien ne laissait supposer une telle atteinte à sa propre vie.
Après avoir lu son parcours, vous aurez de bonnes raisons de croire qu’elle était arrivée à un point de non retour.
Et si le pire ne faisait que commencer …
D’abord édité chez Aconitum en 2016, Entraves s’est offert une deuxième jeunesse le 17 mars 2018 en auto-édition avec une nouvelle couverture qui donne le ton, l’envie d’en savoir plus.
Pour la petite histoire, il s’agit du premier livre en solo de l’auteure qui avait déjà écrit un thriller à 4 mains avec Érik Kwapinski, La Voie du Talion (également sorti en 2016 et qui a bénéficié aussi d’une nouvelle sortie auto-éditée et d’une nouvelle couverture).
Prêt pour une plongée abyssale dans les rouages de la perversion narcissique ?
Ce qui surprend d’abord dans cette histoire avec un sujet qui pourrait sonner comme un air de déjà-vu, des thèmes sociétaux connus et reconnus comme la manipulation, le harcèlement, l’emprise mentale, c’est dans l’approche et la construction, l’alternance entre le passé et le présent à la première personne a encore de beaux jours devant lui et ce roman ne fait pas exception. Ce qui conditionne la touche personnelle d’Alexandra Coin c’est son refus de ne pas céder à la facilité, de ne pas faire une démonstration qui relierait un point A à C en passant … par B !
« Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »
Cette célèbre citation de Friedrich Wilhelm Nietzsche est souvent utilisée pour souligner la mince frontière qui sépare une normalité apparente et la folie adjacente.
Cette faille mentale et psychologique prend une toute autre tournure dans ce roman qui n’a pas fini de me hanter, l’écriture est concise, brute de décoffrage et sans concession, l’auteure se concentre sur l’essentiel et j’ai apprécié de ne pas me voir abreuver de termes cliniques ou psychiatriques.
L’usage de termes généralistes n’empêchent pas de compléter l’approche de la maladie mentale par des mots savamment distillés tout au long du récit, cette narration à la première personne vous place instantanément dans la peau et l’esprit du personnage principal, Emma.
Pour comprendre les origines d’une maladie, rien de moins pertinent que de se replonger dans les réminiscences d’un passé qui souligne la vacuité d’une existence, l’engrenage implacable, la mécanique insidieuse et perverse d’une pathologie que ne cesse de ronger et de proliférer une société en mal de repère ou d’identification, joug inhumain, influences médiatiques et inspirations détournées, soumise à des règles rigides et égocentriques, basée sur l’apparence et le capitalisme outrancier, l’infantilisation du sujet, l’inversion des rôles, la justice et les autres grandes institutions impuissantes à réguler et à répondre à toutes les affaires dans la plus grande transparence, cette opacité délétère, cet aveuglement donnant naissance à la légitimité de ces nouveaux monstres en puissance, de ces êtres « Minotaure » lâchés dans la nature, la victimisation et la fragilité induites, c’est le triomphe d’une nouvelle race de prédateur, des créatures d’une nouvelle ère, les pervers narcissiques.
Toxique, contrôle total, mensonge, domination, humiliation, tous les moyens sont bons pour concrétiser, assouvir les fantasmes et acccentuer la docilité, la mise à nu, la cruauté dans tous ses apparats et empoisonnement à dose décuplée, l’emprisonnement rapetissant l’espace de liberté, la privation de moyens de communication, la servitude et la culpabilité de l’autre sous toutes ses formes, la diabolisation rien ne vous sera épargné pour en saisir tous les tenants et aboutissants de ce terrible fléau, des schémas récurrents, le chaos de la vie, la vérité cachée ou bafouée, autant de sacrifices et de blessures secrètes, le paradoxe d’une société qui rend des comptes tout en les reprenant coup sur coup, âmes aspirée par le vide existentiel, par la dépendance affective, une histoire qui prend le lecteur en otage dans un climat étouffant, un huis-clos qui prend des allures d’arènes romaines avec des êtres soumis, avilisés, en mode survie, non content de nous servir un roman d’une précision d’horlogie et d’une trame impeccable dans son traitement, dans le cheminement et l’aboutissement pour comprendre la sensibilité du sujet principal, l’auteure complète sa démonstration tout en subtilité et intelligence par des rebondissements étourdissants, des surprises qui vont étinceler et remettre en cause toutes les perspectives, un éclatement qui va se faire distordre encore plus si nécessaire une vérité déjà lourde et grave, le visible devenant invisible et inversement, une spirale qui risque de vous faire perdre un peu (beaucoup) de votre raison, de vous faire sortir assurément de votre zone de confort pour mieux atteindre le coeur du problème, le coeur d’Emma, la solitude dans sa folie destructrice, l’obsession qui attire les contraires, l’appropriation d’une identité prisonnière d’un vaste tourbillon sans fin, une tragédie des temps modernes, l’exploration des profondeurs de la psychologie humaine dans tout ce qu’elle recèle d’illusions et de mystérieux.
Un roman tout simplement brillant qui s’adresse à tout le monde, il peut servir de déclic pour comprendre certainement cette source d’un mal qui ravage, qui déshumanise et banalise la chosification de l’autre, de relever et de soulever des enjeux sociétaux et fondamentaux dans la trame narrative (possibilité de vous reporter à des articles passionnants pour étayer le propos en vous rendant sur le site de l’auteure ou par l’application de votre portable pour y accéder directement), je me mentirai à moi-même si je vous disais combien je n’ai pas été bouleversé, touché intimement et viscéralement parlant par le parcours d’Emma et qui pourrait être la vie en miroir de personnes de votre entourage, une voisine, un membre de la famille, le regard de l’autre, trouver et agencer toutes les pièces du puzzle d’une existence en miette, l’attitude soumise et en proie à de terribles doutes et incertitudes du présent sont magnifiquement retranscrites dans cette sublime couverture de cette nouvelle mouture de ce roman qui n’a pas encore achevé d’injecter insidieusement son venin pour vous aspirer dans cette faille où la folie guette …
Roman puissant, thriller psychologique de grande classe, une pression et une atmosphère irrespirable pendant toute la lecture, le bout du tunnel est encore loin, quand l’empathie du personnage principal vous fait adhérer et comprendre tout le déchaînement des évènements, le vertige éprouvé n’en est que plus amplifié et éprouvé au fil de la lecture, une chose en entraînant une autre, une introspection qui va vous emmener très loin, esprit de contradiction qui rivalise avec ses parts d’ombre, un dénouvement qui va vous laisser sur le carreau et à quel prix, jamais la tournure des faits prendra un chemin logique, l’esprit torturé d’Emma trouvera-t-il le chemin de la vérité ? Saurez-vous distinguer la vérité du mensonge et réciproquement au milieu de ce maelström qui caresse les bords de l’abîme de la folie ambiante ?
Emma arrivera-t-elle à se … désentraver ?

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