Le Lambeau de Philippe Lançon

Le Lambeau de Philippe Lançon

Aujourd’hui, place à la critique d’un livre qui a reçu de nombreux pris en 2018, notamment le prix Femina et le prix spécial du Jury Renaudot.
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Le basculement d’une vie

Saviez-vous qu’il y avait eu des survivants à l’intérieur de la rédaction de Charlie Hebdo lors des attentats du 7 janvier 2015 ? Eh bien moi, non ! Du moins, je n’en avais aucun souvenir. Dans nos consciences sont restées les photos des victimes, en particulier les dessinateurs emblématiques du journal.
Et pourtant, il existait des blessés de guerre ! Nous n’étions pas en Syrie ni en Irak. Nous ne le savions pas encore, mais un conflit venait de débuter. Les balles de Kalachnikov commencèrent à semer le chaos dans notre pays.
Du jour au lendemain, la vie de Phillipe Lançon a basculé. Il est passé du statut de journaliste parisien cinquantenaire à celui de grand blessé mutilé, littéralement « gueule cassée » comme le furent il y a un siècle beaucoup de soldats de la Première Guerre mondiale.

Tout sauf un simple témoignage

Le Lambeau n’est pas un simple témoignage, mais un véritable cheminement littéraire, une introspection complète non choisie par l’auteur. Alors qu’il a une partie du visage détruite, il ne peut plus parler et dépend désormais des autres. Il raconte le traumatisme, les douleurs physiques et psychologiques, la recherche de sens…
Tout le monde a vécu le 7 janvier 2015, chacun se souvient de cette date, où il se trouvait, ce qu’il faisait, mais personne ne l’a vécu comme Philippe Lançon. Les premières pages nous accrochent à cause de l’événement. On attend fébrilement le moment où des ombres surgissent et tirent dans le tas. Et on se dit : mais qu’est-ce qu’il va bien pouvoir nous raconter ensuite ?

Un tour de force

C’est là que se trouve le tour de force de ce roman. Une fois l’horreur elle-même passée – ce qui, au passage, frappe le lecteur d’un terrible uppercut – l’auteur dans un style impeccable nous plonge en immersion à l’intérieur même de son cerveau. Au travers de ses mots, Philippe Lançon nous fait ressentir ce qu’il a pu éprouver à chaque opération (17 en tout), chaque acte médical, même les plus anodins et on aurait envie de dire à chaque geste qu’il a accompli. On suit ainsi le moindre de ses progrès, mais aussi et surtout son rapport à l’autre : les soignants, gardes du corps, familles, amis et le monde qui l’entoure.
Cette oeuvre – on peut le dire, ce chef d’oeuvre – parle à chacun d’entre nous, nous fait réfléchir sur les grandes questions existentielles et ce, pendant 500 pages. Le cœur bien accroché, le lecteur n’en ressortira absolument pas indemne.

Je donne la note exceptionnelle de 18/20, il y avait longtemps que je n’avais pas lu un livre qui vous prend autant aux tripes ! Et vous, vous l’avez lu ?

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