Le funambule, diamant brut de l'Afrique

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Et si en ce jour nous étions tombés sur un futur grand de la littérature africaine ?
On n’a du mal à croire qu’il n’a que 18 ans en le lisant et pourtant si !
Celui qui se surnomme « Le Funambule » écrit depuis longtemps et s’adonne au slam. Rencontre avec le présent et le futur de l’Afrique…

1) Tout d’abord, bonjour Dikoua, depuis quand écris-tu ? Quel est ton parcours ?

Bonjour ! J’écris depuis mes treize ans. Ancien stéphanois du Tchad ; cabossé de la vie, j’ai un parcours troublant, dès mes huit ans entre le pieu de l’hôpital et celui de la maison. Je suis passionné de la verve poétique, de la langue française et des mots. J’ai toujours une passion pour le Basket-ball. Je découvre la poésie (la philosophie plus tard qui prend le devant) à l’école primaire par le biais des auteurs qui m’ont beaucoup influencé comme Léopold Sédar Senghor, Voltaire, Montaigne et le slam plus précisément à l’âge de quatorze ans notamment avec Fabien Marsaud (Grand Corps Malade) lorsque je l’écoute pour la première fois pendant les vacances avec sa voix captivante. Je me lance dans l’écriture et j’affine mon premier recueil de poèmes en première. La poésie m’a pris par piqure car j’aurais pu terminer ma vie avec une béquille. Au cours de la même année je prends le pseudonyme Le Funambule. Je n’ai pas fini sur la béquille mais tel Le Funambule sur le fil des vers.

2) Pourquoi avoir choisi le slam et la poésie comme moyen d’expression ?

J’ai choisi la poésie et le slam comme moyen d’expression parce qu’ils soignent l’âme, ils sont l’expression la plus directe de la pensée et le plus certain des moyens pour communiquer, éveillent l’idée d’une sorte de vertu qu’ont certains objets qui frappent nos sens, pour produire en nous une impression particulière comme dans la musique de Mozart ; avec la poésie et encore le slam qui est un genre rythmé, accompagné des sonorités. Les émotions, les sensations sont très souvent vives, le message passe très vite, l’on agit soudain sur tout le public car peu la lecture n’est pas leur cigarette alors l’on n’a pas besoin d’écrire un gros document qui comportera plusieurs pages et qu’au profit de la poésie ou du slam, le résumé y est. Avec eux, l’on couche la pensée souvent chahutée par la constance de l’oralité sur un support plus durable. La matière première est le mot.

3) Pour toi, un auteur doit-il être engagé ?

Deux à la fois. L’engagement, il s’agit ici des écrivains, poètes ou chanteurs qui prennent position, mouchardent, vivent les événements et les transcrivent, faisant de la plume une arme et de leur talent un instrument au service d’une cause. Être écrivain pour celui qui écrit signifie qu’il définit sa posture sur un sujet et la défend ; cela consiste à écrire en innovant selon Sartre, « sa plume en épée ». dans la pensée collective, Jean Paul Sartre est l’incarnation de l’engagement. Je souscris premièrement à cette thèse ‘’l’auteur doit être engagé’’ car écrire est une entreprise dont le défi permanent est de conjuguer notre passion et la nécessité d’appréhender notre monde. En tant que poète, je dois de me revendiquer l’avocat des bouches timides ou sans. L’écrivain doit écrire en s’engageant consciemment en sachant qu’il écrit toujours pour un public désigné, qu’il répond à une urgence. Il est impliqué dans ce qu’il écrit et implique le lecteur. Il s’agit d’un rapport dialectique entre l’esthétique de l’art que regorgent la fiction et l’utilité du questionnement qui est une préoccupation des femmes et hommes éveillés. Car dit André Gide « Inquiéter, tel est mon rôle », plus il s’inquiète de la société, plus elle aussi l’inquiète. Aimé Césaire l’a si bien marqué dans son œuvre ‘’Cahier d’un retour au pays natal’’ lorsqu’il affirme « Ma bouche sera la bouche de ceux qui n’ont point de bouche, ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ». Lorsque par exemple sur la scène politique d’un pays, des imbéciles exposent leur masturbation intellectuelle, l’asthénie de leur morale, le plateau de leur mensonge éhonté et jouent au con, il faut riposter, de la plus belle des manières ; pour ça, il faut s’engager. Quand on les aura, ils n’oublieront sans doute pas de rincer leur bouche après avoir vomis. L’écrivain est à cet instant comme un militaire. L’auteur a le pouvoir de dévoiler le monde, il doit l’employer, personne ne peut rester indifférent ou neutre. Il faut entrer dans la lutte pour atteindre la liberté. À l’exemple des philosophes qui ont lutté pour l’usage de la raison.

Cependant, l’écrivain ne peut forcément être engagé car envisager uniquement la littérature comme engagement, ce serait détourner la littérature de son véritable objectif : être un art lié à la beauté. Le chef de fil de ‘’l’art pour l’art’’ ,Théophile Gautier, dans sa préface de ‘’Mademoiselle de Maupin’’ évoque ‘’qu’il y a vraiment beau ce qui peut servir à rien’’. L’art sert avant tout à montrer la beauté de ce que l’on représente. Le style importe plus à cet instant. J’essuie en passant une critique à la position radicale de Sartre à propos de ‘’l’engagement’’ et lorsqu’il affirme ‘’qu’un texte n’est jamais neutre à son évoque où il est écrit – sauf la poésie qui parce qu’elle traite des mots comme la peinture, le fait des couleurs, peut ne porter aucun message. La poésie n’est pas que ça, elle soigne l’âme, elle va au-delà. Enfin, je partage les points de vue car d’autres n’imaginent s’engager en littérature ; pour eux, c’est donner une trop sérieuse importance à l’écrit. La littérature peut-être associée à la légèreté et au plaisir. Mallarmé, dans sonnet en X. Nous ne pouvons pas en vouloir aux partisans de l’art pour l’art car à un moment donné, nous avons besoin de divertissement alors il va falloir prendre en considération les deux dimensions : ‘’Engagement’’ et ‘’Divertissement’’.

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4) D’où vient ton inspiration ? As-tu des auteurs de référence qui t’ont donné envie d’écrire 

Je m’inspire très souvent des muses. Un peu comme dans la description de Démodocos par Homère dans l’Odyssée. Je m’inspire de mon entourage, du vécu, de tout ce dont l’humanité traverse, de l’État, de la nature, de la raison, enfin bref du quotidien. Pas comme l’être humain qui exerce la médecine n’a guère recours à l’inspiration d’un être surnaturel ; contrairement à l’écrivain, il agit : le poète ou l’écrivain s’inspire du souffle. Mes auteurs de référence sont Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Baudelaire, Fabien Marsaud (Grand Corps Malade), Montaigne, Jean Paul Sartre, Emile Zola (surtout dans ‘’Germinal’’ et son célèbre article ‘’J’accuse’’), Gustave Flaubert…

5) Quelles sont tes satisfactions ou difficultés par rapport à ton activité ?

Les deux vont ensemble. Je ne saurais dire si je suis vraiment satisfait de mon activité, mais je puis au moins vous dire un tout petit peu car je suis récompensé en une seule année deux fois. La première fois lors du concours International de la Nouvelle de France pour la lutte contre la grande pauvreté dans le monde organisé par la maison d’édition française ATD Quart Monde en partenariat avec Souffle Court édition ; la deuxième fois pour rendre hommage à Natsume Sôseki qui lui aussi est poète japonais, organisé cette fois par la maison d’édition Souffle Court édition. En plus de ça, j’ai reçu quelques récompenses lors des compétitions de poèmes Nationale dans les radios et même au lycée et collège. Les difficultés sont, elles, également nombreuses par exemple lorsque les lignes éditoriales Nationales ne sont pas accessibles pour tous les auteurs, plus ceux qui aspirent encore à écrire. Non seulement ça, il n’y a pas un comité rigide pour examiner les manuscrits. Chanter, c’est une autre problématique qui se pose. Écrire, c’est s’engager alors il faut justement s’attendre aux obstacles de différentes espèces qui vont surgir, mais il faut tacher d’y croire, l’on y arrivera.

6) As-tu des souhaits particuliers pour la suite de ta carrière 

Oui, j’ai des souhaits pour la suite de ma carrière ; de la part de mes amies, ma famille, mon entourage. Et plus particulièrement de mon cher ami Béral qui est le premier à se proposer de financer la sortie de mon premier recueil de poèmes et autres et d’écrire en même temps la préface. Il y a également Annie Blayo, écrivaine française avec qui je travaille et qui me donne aussi bien des coups de pouce.

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7) Quels sont tes projets littéraires ? Autres projets ? Autres passions ?

Pour ça, c’est Wait and See. Mais actuellement les projets à venir sont nombreux ; j’ai trois recueils de poèmes acceptés par trois maisons d’édition française qui paraîtront très bientôt. Un essai philosophique en collaboration avec mon cher ami Béral Mbaikoubou qui est député à l’Assemblée Nationale tchadienne pour ceux qui ne le connaissent pas, un recueil de Nouvelles, deux pièces théâtrales dont une déjà acceptée chez Jets d’Encre (maison d’édition française) et plus d’un roman policier tous affinés lorsque j’étais en terminale et n’attendent que les publications officielles. Un film de long métrage est déjà écrit, un autre est dans le tiroir et n’attend que son heure. Ma première prise de voix est prévue entre Février et Mars ; enfin, je participe en Avril à la Compétition de Science Slam Cameroun à Yaoundé. J’ai également la passion pour le cinéma.

Il s’agit vraiment d’un talent à encourager, alors n’hésitez pas à vous abonner à lui sur Facebook et sur Instagram

Pour les professionnels (éditeurs, producteurs), contacter le à l’adresse suivante :  lefunambule98@gmail.com

 
 

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